La passeuse


La passeuse

 

Au dernier moment, Karim, un jeune homme, accusant la trentaine, une vieille dame et un petit garçon d'environ cinq ans, arrivèrent en taxi. Ils descendirent du véhicule et se mêlèrent à la foule en partance. Après une demi-heure, consacrée à la vérification des documents nécessaires au voyage, la dame et l'enfant prirent place à l'avant de l'Airbus. Karim, s'installa un peu plus vers l'arrière.
Il était grand et élancé. Des yeux magnifiques, d'un beau brun doré, illuminaient son visage basané. Au-dessus de ses lèvres charnues, ornées d'une petite boursouflure attirante, on pouvait voir une moustache minutieusement taillée.
A peine installé, il plongea dans de profondes pensées, des pensées qui déstabilisent l'équilibre psychologique et mental de l'individu. Son cœur battait au rythme du désagrément causé par le bambin. La femme, préoccupée par l'agitation et les pleurs de celui-ci ne savait plus que faire. De temps à autre, elle se retournait et ils se jetaient des regards furtifs empreints d'une certaine complicité.
El hadja était une vieille femme de forte corpulence. Au vu de son élégance, on pouvait croire qu'elle jouissait d'une certaine aisance. Dans ses yeux perçants, se lisait une volonté sans faille.
Les cris poussés par le garçonnet devenaient de plus en plus insupportables. Ils provoquaient chez Karim, une tension et un trouble teinté d'inquiétude.
Il hurlait :
- Papa ! Papa ! mais où est maman, et pourquoi elle ne vient pas, elle ?
Aucun papa ne répondait à la demande de ce petit garnement. Seule, la vieille dame arrivait tant bien que mal à le calmer. Puis, subitement, il reprenait de plus belle :
- Je veux mon papa, je veux être avec mon papa !
La situation devenait à tel point intenable que tous les regards se tournèrent dans leur direction. Finalement, une hôtesse de l'air un peu intriguée intervint :
- Vous avez un problème madame ?
- Oh, non, merci, ça va. Ses parents doivent prendre un vol demain, ou après... Ils ont été retenus par une urgence de dernière minute. Vous savez, les enfants hein...et particulièrement celui-ci. Je suis sa grand-mère. Il a peur de l'avion.
L'incident fut clos en un court laps de temps, puis fatigué, l'enfant s'endormit.
A Alger, ils montèrent tous les trois dans le même taxi. Le véhicule partit à vive allure en direction d'Oran.
Il faisait nuit noire à Chlef lorsque Karim et l'enfant descendirent de la voiture. Curieusement, après avoir été remerciée et payée en monnaie forte par Karim, la dame continua seule le trajet.

A cette heure-là, Chlef dormait. Les commerces étaient fermés. Seuls quelques noctambules traînaient encore leurs pas sur l'avenue principale. Karim traînait les siens aussi, mais lui, il portait son petit sur son dos sans savoir où aller. Il interpella un groupe de passants.
- Messieurs ! Messieurs ! pourriez-vous m'indiquer un endroit où passer la nuit ?
- Mais il se fait tard jeune homme, tout est fermé à cette heure-ci, répondirent-ils en chœur.
- N'y aurait-il pas au moins un endroit où se restaurer ? demanda le mystérieux étranger.
- Avec de la chance, au prochain carrefour, tu trouveras encore un gargotier ouvert. Continue sur cette rue, il saura te dépanner. C'est à trois cent mètres d'ici, on va t'accompagner.
- Occupe-toi de ton fils, on portera tes affaires, dit le plus jeune du groupe ...
Quelques minutes plus tard, ils étaient sur les lieux. La Gargote était ouverte et animée.
Karim fut accueilli et servi sous le regard perçant de Boubeker. Ce dernier, pris par une bruyante partie de belotte à l'arrière boutique de son commerce, restait quand même attentif à la qualité du service.
L'enfant ne se réveilla que pour prendre quelques cuillérées de bouillon et un morceau de pain, puis il replongea dans un profond sommeil. L'heure de la fermeture étant imminente, le patron s'approcha du père et lui dit.
- Monsieur, je vois que votre enfant dort profondément, je suppose que vous avez de la famille en ville.
- Oui, un cousin éloigné, c'était avant le séisme, et comme il fait nuit, je ne saurais pas le retrouver...
- Leïla ! Leïla ! cria à voix haute le gargotier.
Celle-ci se manifesta un quart d'heure plus tard, les yeux ensommeillés et la mine défaite.
- Tiens, prends ce petit, couche le avec les nôtres, qu'il dorme tout son soûl !
Puis, il ajouta en regardant l'étranger droit dans les yeux.
- Quant à vous, monsieur, il y a tout le nécessaire ici pour vous reposer, alors bonne nuit !

Boubeker laissa la lampe de l'arrière salle allumée, puis il gagna son appartement.
Karim s'installa du mieux qu'il put, et sombra, lui aussi, dans un sommeil entrecoupé de rêves. Cette nuit là, son esprit ne connut pas le repos. Le lendemain matin, aux premières lueurs du jour, un jeune homme arriva pour ranger la cuisine et préparer la pâte pour les plats de « calentica ». Le stock de farine étant en baisse, Boubeker arriva à son tour. Il déclara qu'il partait chez le meunier faire moudre des pois chiches. Karim sortit de sa chambre de fortune, et demanda s'il pouvait lui être d'une quelconque utilité.
- Oui, lui répondit le gargotier, viens avec moi, les sacs sont lourds, on ne sera pas trop de deux pour les porter. Ton garçon dort encore. Cela nous permettra de faire plus ample connaissance. Une fois dans la camionnette, Boubeker demanda.
- Dis-moi, que viens-tu faire à Chlef ?
- Je vous l'ai dit hier, j'ai profité des congés annuels pour venir rendre visite à un lointain cousin, mais à cause du séisme, il a déménagé. Je ne connais pas sa nouvelle adresse. J'irai me renseigner tantôt à la maison communale. Ils doivent savoir, eux...
- Tu n'auras qu'à me donner son nom, on ne sait jamais, il fait peut-être partie de ma clientèle.
Comme ils arrivaient en vue de la maison du meunier, l'explication fut remise à plus tard.
« Ouf ! que vais-je bien pouvoir inventer qui paraisse plausible à ses yeux ?
Il est très gentil cet homme là, mais il a l'air très intelligent aussi », pensa Karim.
Boubeker portait allègrement la cinquantaine. Quelques cheveux blancs clairsemaient son abondante chevelure noire, mais cela ne faisait qu'ajouter à son charme naturel. « Il ne doit pas s'en laisser compter facilement, ce gars là », pensa Karim.
Une fois les pois moulus, les deux hommes chargèrent les sacs, et repartirent en silence vers La Gargote.
Le fils de Karim était là avec les enfants de Boubeker. Quand il aperçut son père, il se précipita dans ses bras sans dire un mot, et enfouit sa tête au creux de son épaule. Le jeune homme le posa par terre, et lui dit d'aller jouer avec les autres.
- Viens, j'ai de bons gâteaux pour toi dans la cuisine, dit le gargotier en le prenant par la main. Ton papa à des courses à faire, il viendra te rechercher plus tard. Comment t'appelles-tu, mon petit ?
Le petit ne répondit pas. Il se laissa entraîner vers l'appartement, mais grignota juste un petit morceau de pain. « Quel bel enfant ! Il a la peau mate, mais beaucoup plus claire que celle de son père. Et ses grands yeux bleus qui font comme deux lacs sous ses longs cils noirs, comme ses cheveux bouclés, ah ! Il est vraiment magnifique », pensa Boubeker.
Quand il voulut aller retrouver Karim, celui-ci était parti en prétextant à un employé qu'il allait s'informer sur le devenir de son cousin.

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Il était bien tard, ce soir là, quand il revint chez Boubeker.
Après s'être renseigné auprès de plusieurs personnes et auprès des services municipaux, il apprit que son cousin avait quitté Chlef, pour s'installer dans la banlieue oranaise.
Karim se sentit terriblement seul. Il se rendit finalement compte qu'il avait agi dans la précipitation. En effet, dès que le juge des affaires familiales eut prononcé le divorce et confié la garde de son unique enfant, Elie, à Mélanie, son épouse ; la seule alternative qui s'imposa à son esprit fut son retour au pays. Après son échec sentimental et la perte de son emploi, il ne pouvait plus rester en Belgique. Mais il ne s'imaginait pas un seul instant vivre loin d'Ali, c'est ainsi qu'il appelait son fils.
Et maintenant, il errait seul dans une ville fantôme. Une ville que le séisme avait dévastée, déplaçant ses populations vers des camps de fortune implantés en différents endroits. Il pensait se dissoudre dans ce chaos urbanistique le temps de brouiller les pistes. Il était certain que Mélanie, sa femme, sa jolie blonde, celle qu'il avait tant aimée, mais qu'il ne tiendrait plus jamais dans ses bras, allait déclencher des recherches pour retrouver son Elie.
Quant à Boubaker, il soupçonnait Karim de lui cacher la vérité. Pourtant, il savait qu'un jour où l'autre, celui-ci viendrait tout lui avouer. En attendant, il le mettait en confiance.
Leïla adopta très vite Ali qui s'intégra parfaitement dans le cocon familial. Grâce aux relations de Boubeker, Karim réussit à décrocher un emploi de mécanicien dans un garage à la sortie de la ville, ainsi qu'un « deux pièces », non loin de la Gargote.

L'histoire avait commencé quelques jours plus tôt. Alors que Karim entrait à l'aéroport de Bruxelles, Mélanie sortait du magasin qui l'employait en tant que caissière. Elle prit le métro en direction de la station la plus proche de la crèche où elle déposait Elie tous les matins. La gardienne fut très étonnée de la voir arriver. Elle lui dit qu'à son grand étonnement, son mari était venu rechercher le petit un peu avant midi, prétextant une visite urgente chez le médecin.
- Il n'avait pourtant pas l'air malade, dit-elle, d'un air surpris.
Mélanie partit sans dire un mot. Elle héla un taxi, et s'en alla directement vers la chambre meublée où Karim avait élu domicile. Elle tambourina avec rage sur la porte, mais celle-ci resta obstinément close.
« Seigneur, j'espère qu'il n'a pas mis ses menaces à exécution », pensa-t-elle. Mais, elle ne se faisait pas d'illusion ; son ex-mari avait bel et bien enlevé Elie, son petit garçon qu'elle adorait. Mélanie savait très bien quelle ne devait surtout pas laisser le temps à Karim de rentrer en Algérie. Sinon, elle était sûre de ne pas revoir son enfant avant longtemps. Elle se rappela qu'un cas similaire avait été traité par une agence de détectives qui siégeait pas loin de chez elle. Le lendemain à huit heures, elle était sur place avec tous les papiers nécessaires au déroulement de l'enquête. Une heure plus tard, deux détectives, un Belge et une Algérienne étaient en route pour l'aéroport. Le dernier vol pour Alger avait eu lieu la veille. Ils examinèrent les feuilles de transport, mais aucune ne spécifiait qu'un Algérien accompagné d'un enfant de cinq ans avait pris l'avion pour l'Algérie. Il y en avait bien un de cet âge là, mais il était accompagné de sa grand-mère, une certaine Madame Adami.
- Ah, voici justement l'hôtesse qui a fait le vol avec eux, dit la réceptionniste.
Elle l'appela et lui expliqua de quoi il s'agissait. Celle-ci regarda les photos qu'on lui présentait. Elle se rappelait bien avoir vu un petit qui ressemblait à Elie, mais celui-ci était avec sa grand-mère. Quant à Karim, elle ne savait pas répondre. L'avion était en grande partie occupé par des Maghrébins, alors...
- Quel nom avez-vous dit ? demanda la jeune femme du guichet.
- Zénoua, Karim Zénoua.
- Elle tapota sur son ordinateur et déclara.
- Oui, il y avait bien un monsieur Zénoua sur le vol d'hier, mais il voyageait seul.
- Après quelques coups de téléphone, la jeune détective avait retrouvé l'adresse et le lieu de naissance de la vieille dame de l'avion. Oran, elle était d'Oran. De-là, à en déduire qu'elle retournait chez elle pour les vacances, le pas fut vite franchi. Elle regarda son collègue qui sans attendre la question, affirma.
- Fella, c'est toi qui fais le voyage, tu fais plus couleur locale que moi, tu passeras plus facilement inaperçue.
La jeune fille ne se le fit pas dire deux fois. Elle réserva directement son billet.
Fella dégageait un certain charme. Avec son long corps souple et musclé, moulé dans un Jean collant sur lequel tombait nonchalamment un blouson de cuir noir, elle avait vraiment le physique de l'emploi.
Le lendemain, elle partait pour Alger par le premier vol du matin. Elle descendit au Grand Hôtel d'Oran, puis téléphona à Gérard, son coéquipier, resté à Bruxelles pour complément d'enquête. Il l'informa qu'effectivement le couple Adami prendrait l'avion du lendemain. Dès les premières heures du matin, Fella parcourait les rues de La Ville Nouvelle tout en s'informant auprès des épiciers des quartiers populaires. Elle savait, grâce aux renseignements qu'elle avait pu collecter, qu'El hadja descendait régulièrement chez sa fille. Elle finit par repérer l'appartement de cette dernière. Il ne lui restait qu'à attendre la manifestation de la vieille dame et à s'assurer que l'enfant était bien en sa compagnie.
Un peu plus tard, El hadja descendit les escaliers de l'immeuble. Elle tenait un gamin de cinq ans par la main, et se dirigea vers l'arrêt de bus situé à une centaine de mètres.
Fella fit de même. Elles montèrent toutes les deux à bord du véhicule qui démarra aussitôt. Durant tout le trajet, l'enfant demeura silencieux. Elles descendirent au même endroit. Au moment de traverser la route, la voix de l'enfant retentit enfin :
- Aja ! Aja ! Pourquoi maman n'arrive-t-elle pas ? Tu m'avais promis pour aujourd'hui.
- Calme-toi, tes parents sont arrivés, on va justement les chercher.

Fella réalisa qu'El hadja avait dit vrai. Le petit qu'elle traînait, parlait un arabe avec accent, comme tous les enfants issus de l'émigration, il ne parvenait pas à prononcer le H de hadja. En plus, il n'avait aucune ressemblance physique avec le fils de Mélanie.
Pourtant, sans pouvoir dire pourquoi, Fella, avait la quasi certitude qu'une partie de la mystérieuse disparition d'Elie tournait autour de la vielle Oranaise. Comme ses intuitions la trompaient rarement, elle pensa qu'il fallait continuer la filature d'El hajda.
A la gare d'Oran, elle vit l'enfant sauter tout heureux au cou de ses parents. Elle se dit que la piste était mauvaise et rentra tout droit à l'hôtel. Elle entrait dans sa chambre quand son portable sonna, c'était Gérard.
- Bonjour toi ! Voilà les nouveaux éléments pour l'enquête : La douanière qui a contrôlé l'Oranaise se souvient particulièrement de cette vieille dame. Elle se rappelle très bien que sur son passeport figuraient de nombreuses traces d'entrées et de sorties, et cela sur une courte période. Elle prenait ses départs soit de Bruxelles, soit de Paris. Elle m'a affirmé aussi que cela l'avait intriguée. Pour une femme de son âge, ces déplacements sont excessifs et douteux. D'autant plus, que lors de ses deux derniers voyages, elle était accompagnée d'enfants. Continue dans cette voie, il se pourrait qu'El hadja soit impliquée dans quelque trafic.
Après réflexion, Fella retourna se planquer dans l'immeuble désaffecté faisant face au domicile de la suspecte. Elle n'attendit pas longtemps pour voir enfin la vieille sortir de chez elle et se diriger vers l'arrêt du bus. Elle lui emboîta le pas et elles arrivèrent bientôt à la gare d'Oran. La vielle femme demanda un aller simple pour Chlef.
Fella attendit un peu, puis elle prit un billet pour la même destination.
A la gare de Chlef, Fella laissa prendre de l'avance à El hajda, puis elle la suivit jusqu'à ce qu'elle entre dans un immeuble à appartements. Elle s'installa dans une gargote d'où elle pouvait garder un œil vigilant sur tout ce qui se passait dans la rue, puis elle commanda une boisson.
L'endroit était très convivial. Dans l'arrière salle, on pouvait entendre des cris et des rires d'enfants, ceux du gargotier sans doute. Soudain, un garçonnet passa en courant, traversa la rue, pour enfin pénétrer dans l'immeuble en question. L'enfant correspondait au signalement fourni par Mélanie, mais comme il était de dos, elle n'était pas certaine de son identité. Un moment plus tard, trois personnes sortirent du bâtiment. El hadja ouvrait la marche, elle était suivie de Karim et de son fils. Ils se dirigeaient ensemble vers La Gargote.
Dès qu'ils furent à quelques mètres de son poste de guet, Fella munie des photos agrandies du père et de l'enfant, les reconnut avec certitude.
Aussitôt, le téléphone de Gérard retentit. Ce dernier apprit que leur piste s'était révélée fructueuse. Fella se rendit au commissariat de police pour faire établir un procès verbal. Mais rien n'était fini. Il fallait une de ces longues procédures nécessaires à la justice pour pouvoir récupérer Elie et le remettre à sa mère.
Le lendemain, à l'aéroport de Bruxelles, Mélanie se préparait à prendre le vol pour Alger lorsqu'elle croisa El hadja, la passeuse, retenue par deux policiers en uniforme. Elle ne savait pas que c'était elle l'objet de la détresse qu'elle vivait depuis une semaine, que c'était elle la cause de ses tourments et de la brûlure qui lui consumait le cœur. Elle, le traumatisme de son amour appelé Elie.

Sa mission terminée, Fella décida de rester quelques jours de plus en Algérie, le pays qui l'avait vue naître. Elle s'était prise de sympathie pour la famille Boubeker et surtout pour Elie, ce pauvre petit être déraciné. Cet enfant qui aimait sa mère et son père d'un amour égal, mais que la vie allait obliger à un éloignement qu'il refusait de toute son âme.
Quand Mélanie arriva à l'aéroport d'Alger, cet après-midi là, Boubeker et Fella l'attendaient. Ils la saluèrent, puis ils partirent en voiture en direction de Chlef. Mélanie leur dit qu'elle avait hâte de serrer son enfant dans ses bras, et contre toute attente, elle demanda des nouvelles de Karim. Boubeker et Fella se relayaient pour lui expliquer tout ce qui s'était passé pendant cette malheureuse semaine.
- Oui mais, et Karim, il est en prison ? demanda Mélanie d'une voix neutre.
- Non, tant que vous n'aurez pas porté plainte, les autorités ne bougeront pas, et puis, c'est le père d'Ali, tout de même, répondit Boubeker en guettant les réactions de sa passagère.
Mélanie ne répondit pas, mais on pouvait juger de sa nervosité à la façon dont elle se tordait les mains.

- On arrive, préparez-vous à une grande émotion et à l'immense joie d'Ali, dit le chauffeur content de la tournure qu'avait prise cette malheureuse aventure.
- Non, Elie ! Enfin, oui Ali, c'est la même chose, laissa échapper Mélanie tremblante d'impatience de serrer enfin son bébé dans ses bras.
Elie Ali était là devant elle avec les autres enfants. Mon dieu, comme il avait changé en une semaine. Dans son beau petit minois tout bronzé, ses yeux paraissaient encore plus bleus que d'habitude. Leurs regards se croisèrent et l'enfant se précipita sur elle en criant
- Maman ! Regardez, c'est ma maman !
Il l'embrassait, elle l'embrassait, leurs larmes coulaient comme autant de perles de bonheur.
- Mon chéri, mon poussin, mon bébé, je t'ai enfin retrouvé.
- Mais maman, il ne fallait pas avoir peur, j'étais avec mon papa.
Ces paroles chargées d'amour, prononcées par un enfant de cinq ans, signèrent en un instant la liberté de Karim.
Le lendemain, après des adieux qui n'étaient que des aux revoir, l'Airbus Alger-Bruxelles transportait à son bord, la mère et l'enfant les plus heureux du monde.

Fin

Bernadette Herman et Adelkader Boucharba

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