Et toujours la guitare

 

 

 

 

 

Et toujours cet air de guitare

 

Une petite brocante au cœur d’un vieux quartier

Ce qui ne gâchait rien, celui de ma naissance

On a vite fait le tour,  rien que des fonds de greniers

Que les gens tentent encore de rentabiliser

De vieux jouets cassés ou des peintures fanées

Et là-bas tout au bout de la route bitumée

Un vieil air de guitare un peu désaccordé

Qu’on aurait dit sorti tout droit d’un gramophone

 

Puis une petite terrasse qui nous ouvrait les bras

Nous voilà installés à la dernière table

Qui restait dans un coin, pas à l’abri du vent

Et toujours la guitare qu’on entendait vaguement

Sortir du vieux bistrot en mouvements saccadés

Des accords endiablés pas très justes chaque fois

 

Et tout à coup la pluie qui s’est mise à tomber

Vite, entrons, ai-je dit en attrapant mon verre

Pas une place de libre, il nous faut avancer

En arrivant au fond de cette salle obscure

Toute remplie de grosses volutes de fumée

Ne restait que deux chaises accolées au tréteau

Qu’on avait posé là bien dans le coin d’un mur

Pour laisser de la place aux amateurs de danse

Et toujours la guitare qui de plus en plus fort

Remplissait nos oreilles sensibles à sa douleur

 

Quand enfin bien assise j’ai relevé la tête

J’ai vite remarqué que cette drôle de musique

Ne sortait pas du tout d’un vieux vinyle rayé

Mais des doigts de deux hommes

Qui grattaient comme des fous

Leur instrument aux cordes effilochées

Le plus jeune n’avait rien de très surprenant

L’autre allait vraiment bien avec son personnage

Un vieux de la Camargue disait un écriteau

Suspendu au plafond juste au-dessus de lui

Santiags à talons hauts, longs cheveux blancs frisés

Chapeau noir entouré d’un large ruban rouge

L’image était parfaite pour recréer l’ambiance

 

Il fallait applaudir à chaque fin de rengaine

Ou ses petits yeux noirs nous foudroyaient d’un coup

Mais quand il a parlé pour nous remercier

Notre douce illusion, c’est bien vite envolée

Il n’était pas besoin d’être une lumière

Pour reconnaître l’accent grinçant de Charleroi

On lui a pardonné car avec sa guitare

Il avait réussi à nous rendre rêveurs

Et après dans ma tête revenait en écho

Les airs désordonnés de ces notes grattées

Par des mains déformées sur l’instrument bancal

Merci, toi qui oses tout, même t’appeler « D’jango »

Vieillard illuminé qui se pense en Camargue

Dans la poussière toute noire des puits de Charleroi

Et toujours cet air de guitare…

 

Bernadette

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