La chèvre

La chèvre


Attachée au piquet, la Blanchette désespère.
A force de bêler, elle a perdu la voix.
Son pâtre l'a oubliée, ou bien il fait la fête,
Pendant que la biquette broute à qui mieux-mieux,
L'herbe qui se raréfie sous son museau rageur.
Tout à coup, le tonnerre lui fait courber l'échine.
La pluie va arriver, la noyer dans la boue,
Qui couvre maintenant son parterre de misère.
Alors, dans un sursaut, la Blanchette se redresse.
Non, mais des fois, pense-t-elle, suis-je folle, moi, ou quoi ?
Le licou qui m'enserre la gorge comme un étau,
N'est que corde de chanvre élimée par le temps.
Je m'en vais lui montrer à ce gardien volage,
Qu'en deux, trois coups de dents, je peux me libérer
De toutes les errances, de tous les vagues à l'âme.
Oui, mais s'il revenait et ne me trouvait pas,
Sagement à l'attendre en fixant l'horizon,
Il se demandera, mais où peut-elle bien être ?
Pourtant, n'y tenant plus, sous l'orage qui gronde,
Faisant fi des soucis qu'elle pourrait engendrer,
La pauvre chèvre trempée secoua sa fourrure.
Déchira rageusement son collier de fortune,
Puis partit sans remords et sans se retourner,
Vers d'autres pâturages où l'herbe serait plus verte.
Sans oublier ma foi de marquer son passage,
Elle mâchouille à chaque pas une petite touffe de trèfle
A quatre feuilles, bien sûr, pour lui porter bonheur,
Lui montrer le chemin, l'endroit de sa retraite,
Pour qu'encore, et toujours, il vienne l'y retrouver.

Bernadette

 

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